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Un bestiaire de terre
Dans ses mains naissent des visages aux yeux de biche comme ceux de sa fille Livia et tout une arche de Noé, souvenir de son enfance à la campagne ou de ses lectures peuplées de chevaux, éléphants, chats totems, rhinocéros, grenouilles joviales. Ses animaux sont reconnaissables entre tous, ils ont un regard moqueur, l’œil qui frise ou au contraire des yeux très doux, mi-clos comme ceux des chats. Monique Degluaire ose également les syncrétismes entre les espèces et voilà qu’un de ses chevaux a le croupion en coquille d’escargot.
Si elle ne sait plus quand elle a modelé son premier cochon, elle connaît en revanche la raison de ce choix. « Le cochon est un animal maudit, il ne peut refréner ses pulsions sexuelles, il est sale, c’est sur son dos que les sorcières partent au sabbat. J’avais envie de le réhabiliter en le représentant avec un petit regard moqueur » explique Monique Degluaire qui a créé le couple Chéri-Chérie coup de cœur à l’unanimité du jury de Barbizon. Un couple de belle taille représenté à mi-corps, le regard rieur et tendre et le groin plus vrai que nature.
Meriem SOUISSI
Le Journal de Saône et Loire
Une voix singulière
A Bessuges, Monique DEGLUAIRE, dans la sculpture fait entendre une voix singulière. « Pour elle, le volume passe par la forme du corps humain ou animal.
Nous nous trouvons devant tout un monde étrange et familier, des animaux que l'on reconnaît comme des grenouilles qui ont l'air de s'amuser énormément, une maman rhinocéros faisant le tremplin avec le bout de ses pattes pour lancer son petit en l’air (mais si, c'est possible !) … Tous ses personnages de grand ou de petit format, ont accès par ses mains au statut d’être pensant, d’être sensible, d’être réfléchi, en un mot d’être vivant.
Les animaux ont une âme
Les chiens, les chats, les ânes avec leur bonnet, et les paons qui crient le prénom de mon père : "Léon!", ont peuplé mon enfance. C'est naturellement qu'ils se sont montrés lorsque la terre s'est mise à parler sous mes doigts.
Nos deux chats assis autour de la table nous regardent manger et attendent qu'on leur pose une assiette, une fourchette et une serviette autour du coup : c'est normal, ils pensent qu'ils sont des humains!

Démarche créative
Je dirais que mon travail jour après jour, est comme un journal intime. Mes sculptures sont comme la substance de mes rêves, de mes émotions, de mes rencontres. Elles me permettent de mettre en forme ma vie à travers elles. Le travail de modelage demande à la fois une concentration technique et un laisser-faire mental. Un état de disponibilité à l'œuvre et au monde. Souvent le résultat me surprend et je n'en saisis que plus tard la signification.
Ils, elles vivent avec une pièce de Monique : témoignage
Chère Monique, Cher Philippe,
Soyez remerciés pour avoir accepté de nous confier cette si jolie Dame qui illumine notre cœur et emplit la maison de joie. Chaque regard porté sur son sourire donne instantanément confiance.
Et puis il y a cet abandon ! La musique, la vie coulent, et tout est si facile.
Je vous embrasse.
Très amicalement.
Françoise
La revue de la céramique et du verre

Inspiration Artistique
Les animaux et moi
Découvrez les sources d'inspiration qui alimentent le travail de Monique Degluaire. Chaque image illustre la passion et la pensée créative derrière ses projets."Les animaux et moi"
J'ai toujours aimé les animaux. Toute petite j'imitais la voix des grenouilles lorsque je les pêchais avec mon frère dans la petite mare de la ferme de mes parents en Bresse. Cette connivence avec les animaux, je la tiens de mon père qui parlait aux vaches, celles qui ont été investies d'un souffle puissant et qui ont quatre estomacs. D'ailleurs, il n'était pas rare que les voisins fassent appel à lui quand ils avaient une bête difficile à rentrer. Les chiens, les chats, les ânes avec leur bonnet, et les paons qui crient le prénom de mon père : "Léon!", ont peuplé mon enfance. C'est naturellement qu'ils se sont montrés lorsque la terre s'est mise à parler sous mes doigts.
Et tous ces humains qui ressemblent à des animaux, et ces animaux qui ressemblent à des humains ! On ne sait plus qui est qui. Il y a bien longtemps que je ne dis plus aux gens par quel animal ils sont habités, ce don m'a valu pas mal de déconvenues. Imaginez quand vous dites à quelqu'un qu'il ressemble à un canard, ou à un rhinocéros! Ce don à présent, je le traduis dans la terre.
Monique Dégluaire
dimanche 18 novembre 2007

Choisir de vivre
Elle raconte quelque chose
Monique Dégluaire
Choisir de vivre
Monique Dégluaire a choisi de vivre. On va voir ses œuvres pour se refaire une jeunesse.
Tout artisan ou artiste qui invite l'eau et la terre à venir jouer dans son atelier le grand jeu de la créativité doit s'attendre à ce que ces éléments lui posent la question vitale : quelle orientation ce jeu va-t-il donner à sa recherche, devant quel choix sa liberté va-t-elle le placer?
Le potier qui prépare, tourne ou modèle son argile sait d'expérience que l'eau donne vie à la terre en lui conférant la plasticité.
Celle-ci provoque et accueille le geste générateur de formes. Le potier sait également que toute ébauche, non encore soumise au jeu, meurt d'être immergée dans cette même eau qui a contribué à sa naissance. Cette ambivalence de l'eau se retrouve avec le jeu qui métamorphose la matière de la forme mais aussi peut l'anéantir.
Telle est la nature incontournable de ces deux éléments qui requièrent ainsi de la part de l'artisan une attention soutenue. Bien des choses dépendent du plus ou moins d'eau et du plus ou moins de feu, la pate trop molle ou trop dure, l'émail trop ou pas assez cuit! Même si tel excès ou tel mauvais calcul peuvent mettre sur la piste d'une découverte bénéfique, la juste mesure demeure le souci constant de l'artisan qui veut assurer un devenir à son œuvre.
Tout cela est vrai sur le plan de la technique mais je suis bien près de penser qu'il en va de même pour la créativité. Celle-ci participe d'une même ambivalence. La "tonalité" sur laquelle une œuvre se construit et son rayonnement à venir dépendent pour beaucoup des choix libres et intimes du créateur.
Ne retenant ici que les extrêmes, en laissant de côté les termes de transition, je dirais que ces démarches créatives sont contruisantes ou déconstruisantes, mortifères ou vivifiantes.
Monique Dégluaire a choisi de construire du côté de la vie. De toute évidence, son œuvre est le prolongement transfiguré de son enfance, vécue dans la modeste ferme bressane de ses parents, académie de poche à la Benjamin Rabier et ses modèles vivants : cheval, vache, canards et poules, chien et chat sautant après des mouches, cochon, effraie au grenier. C'est aussi le cirque de passage avec ses faces blanches et ses nez rouges et la belle dame acrobate sur son ballon. C'est encore, les jours de pluie ou de froid, le livre d'images trop petit pour les ébats des éléphants et des rhinocéros. C'est la musique de la mer toute proche que l'on entend dans un gros coquillage. C'est enfin le tendre univers des poupées à endormir le soir et à éveiller le matin.
Tant de thèmes se bousculent dans l'imaginaire de Monique dont les mains nous conduisent le plus souvent là où on est loin de s'attendre.
Dans la solitude fervente de son atelier, son audace créative s'exprime à l'abri de tout regard critique. Là est l'esprit d'enfance. Quand les temps sont durs, il n'en reste pas moins que les petits sous ne suffisent pas à la gourmandise énergétique du four à grès. Alors, "adieu, veaux, vaches, cochons, couvées!" Et vous pouvez alors entendre l'artiste déclarer le plus sérieusement du monde : "J'irai faire les ménages des voisins!" Seulement voilà, ses mains sont condamnées au modelage. Que faire alors si ce n'est qu'elles se remettent à cette pêche aux grenouilles qui sont, comme plaisante Monique son fond de commerce! Une fois de plus, l'enfance vient à son secours. De nouveaux batraciens sont tirés de l'argile, comme ceux de la mare de jadis, sauf que maintenant chacun d'eux devient le héros du conte ou de la fable de son choix.
Il serait réducteur de ne voir en Monique Dégluaire qu'une modeleuse animalière, créatrice d'un bestiaire. Comme avec les grenouilles, chacune de ses œuvres, d'apparence animale ou humaine, dissimule un être qui raconte quelque chose de la vie. Et c'est bien souvent dans le regard que cela transparait. De toujours Monique a été fascinée par le visage, cette réalité insaisissable où se trouve sa plus forte expression mais qui se laisse si difficilement fixer dans un objet. D’où cette quête sans fin dans cette démarche créatrice.
Daniel de Montmollin
Frère de Taizé
Juillet 2013

Paris Potier
Saint Sulpice
N° 198 septembre et octobre 2014
Compte rendu de Paris Potier Saint Sulpice juillet 2014
Article de Claire du Rusquec
"On connaissait le bestiaire de Monique Dégluaire, sa maîtrise parfait du volume en terre, la qualité des matières mates et colorées, son travail rigoureux au service de ses contes et légendes, des princesses et des crapauds, des cochons et des vaches qui rient à la Benjamin Rabier, des mangeurs de pomme de terre à la Van Gogh et voilà qu'on la découvre encore toute autre à ces Journées sulpiciennes. Elle présente de grands vases à la base en amande (forme qu'elle affectionne particulièrement) ou bien ce sont des pichets aux becs et anses suggérés, toute en souplesse stricte. Elle les appelle ses Chapaizeaux fabriqués à Chapaize, nom du lieu où elle vit, sans doute pour nous donner plus de liberté à les regarder. Ce sont de grandes plages formant un carré d'environ 40 cm, propices au dessin. Monique les investit de signes, d'écriture et de très beaux personnages gravés : des couples enlacés, des portraits rêveurs, une reine de la nuit, une tête de corbeau, une paire de colombes sur un coussin traité pareillement… Le dessin est précis, juste, fier, maîtrisé, inscrit dans un émail pas trop brillant parfois blanc, parfois ocre, selon la cuisson oxydante ou réductrice. Un aplat d'émail noir vient rehausser le tout, un noir profond tacheté de mille éclats. Le graphisme évoque les moucharabiehs, avec ses enchevêtrements de lignes courbes, découpés en carrés juxtaposés, rectangles superposés, ou filets qui déjà emprisonnaient ses personnages. La lèvre supérieure du vase souvent ondulée et rehaussées d'or. On les imagine facilement recevant une longue tige fleuris ou un bouquet de fleurs courtes soulignant la ligne d'ouverture. C'est à la fois surprenant et poétique, poterie et sculpture. "

Il voit en vous la pierre précieuse
Hommage
Frère Daniel n'a pas quatre-vingt-dix ans!
Frère Daniel n'a pas quatre-vingt-dix ans, il a l'âge que vous voulez. Si vous avez six ans par exemple et que vous lui prêtiez votre luge, il peut bien prendre les risques d'une pente neigeuse, je l'ai vu. Si plus tard, vous voulez conduire une voiture, il peut bien vous dire : "je t'apprends."
Frère Daniel est un bâtisseur, plutôt un maçon qui sait choisir les belles pierres de votre édifice. Il est aussi jardinier pour faire éclore en vous cette fleur qui ne demande qu'à grandir.
Si vous êtes un pot, soyez beau, bien tendu, sympathique. Si vous êtes un caillou, il voit en vous la pierre précieuse. Si vous êtes une ébauche de forme, il saura vous guider vers le juste équilibre.
Si vous êtes un oiseau vous êtes le plus heureux des êtres vivants puisque son jardin est fait pour vous. Et si vous êtes une tarte à la rhubarbe, sachez qu'il vous tient en grand estime.
Ne soyez pas étonné si lors d'une promenade vous le rencontrez muni de quelque outil pour dégager un nouveau chemin, oublié depuis longtemps peut-être.
Monique Degluaire

des écrits de Monique Degluaire
La terre ne m'obéit pas
Lorsque j’ai rencontré la terre lors de mes études aux Beaux Arts, je n’imaginais pas qu’elle tiendrait tant de place dans ma vie. Elle s’est imposée immédiatement, sans me demander mon avis et j’ai été obligée de constater qu’elle était le prolongement de moi-même puisque quand j’essayais de l’oublier plus rien n’avait de sens.
Et pourtant, comme elle est difficile, récalcitrante, autoritaire, c’est elle qui décide, elle ne m’obéit jamais, elle a toujours le dernier mot et si j’arrive à la maîtriser c’est le feu qui rentre dans le jeu, et là je ne réponds plus de rien.
Heureusement depuis quarante ans que nous vivons ensemble, nous nous sommes apprivoisées. Seulement voilà, chaque terre veut bien parler à sa manière avec une écriture différente. Ce grès blanc que j’utilise depuis peu me semble conciliant.
Nous avons inventé un langage. Tous ces humains et animaux qui m’habitent sont bien contents de parler sous mes doigts. Souvent étonnés, quelques fois ravis, ils sont chouettes espiègles, rhinocéros amoureux, éléphants triomphants, grenouilles lascives, femmes généreuses, hommes réfléchis. Ils ont vécu, ils sont déterminés et taisent leur fragilité.
Ces animaux qui écrivent mon journal intime en terre, me donnent une distance. Ils n’ont pas peur, eux, de se montrer. Les gens se reconnaissent, en tous cas ceux qui ne craignent pas d’accueillir dans leur maison ces êtres en terre cuite.
De temps en temps, on a l’impression de saisir quelque chose, mais ça ne dure pas. Le travail de la terre est une école de l’humilité. Chaque matin, il faut se remettre à l’établi en oubliant tout afin de toujours se laisser surprendre.
C’est ainsi, le travail de la terre n’est jamais abouti, il faudrait plusieurs vies pour en faire le tour.
Je ne sais pas ce que je cherche à travers la terre, l’immortalité peut-être…
Monique Dégluaire
